Mardi 6 mars 2007

Je vais enfin prendre le temps aujourd'hui de vous donner la vraie recette de la paella.

Bon, bien entendu, la vraie recette de la paella ne prétend pas à être la meilleure recette, ni la plus savoureuse, etc...C'est celle qu'on vous offrait immanquablement dans un petit village de la région de Valence éloigné de la côte et ne connaissant pas les touristes, dans chaque maison où vous étiez invité, je dis bien dans chaque maison, car si vous passiez une semaine dans le coin et si vous étiez invité plusieurs fois vous étiez sûr de manger la même chose chaque fois.

C'est aussi la recette donnée par la bible de la cuisine de Valencia, Cocina Valenciana de Lorenzo Millo, que je vous conseille vivement de vous procurer si vous en avez l'occasion http://www.derecoquinaria.com/fichagrande.asp?ID=114.

La paella se fait cuire de préférence à l'air libre, dans le plat en fer traditionnel, et idéalement sur un feu de bois d'oranger que le gaz remplace sans grand dommage.

Faire revenir dans de l'huile d'olive abondante des morceaux assez petits de lapin et de poulet en quantités égales, jusqu'à ce que la viande soit bien dorée. Ajouter deux ou trois tomates pelées et coupées en morceaux et une poignée de gros haricots verts plats coupés en morceaux et de haricots blanc plats frais (appelés en valencian ferradura et garrafo, on en trouve quelquefois congelés, dans la région de Valence on les trouve congelés en mélange, prêts pour la paella).

Faire revenir le tout à feu vif, puis ajouter 3,5 fois le volume de riz d'eau avec une petite branche de romarin. Dès que l'eau bout, ajouter le riz, du sel et du safran, enlever le romarin et poursuivre la cuisson à feu vif.

Baisser un peu le feu quand le riz commence à être cuit, puis quand toute l'eau a disparu, goûter fréquemment pour obtenir le point de cuisson. Couper enfin le feu, poser un cuillère en bois sur la poêle et couvrir le tout d'un torchon propre, et laisser reposer entre cinq et dix minutes pour que le riz finisse de cuire.

 

Car tout l'intérêt de la paella réside dans la cuisson du riz.

D'abord il faut utiliser le riz spécial paella, un riz rond qui seul permet d'obtenir le résultat escompté, le riz long grain, ou thaï, ou le riz pour rizotto ne conviennent pas.

Ensuite le riz réussi doit être sec, les grains détachés, pas croquant mais à peine cuit, ferme et moelleux, s'il est trop cuit il devient mou et perd toutes ses qualités, même le goût se détériore, les gens du coin prennent un air dégoûté et disent : il est passé. Le meilleur alors c'est la partie qui a attaché au fond du plat, le socarrat comme ils disent.

Pour obtenir une bonne cuisson il faut que l'épaisseur du riz un fois cuit ne dépasse pas deux ou trois centimètres, la poêle doit être remplie à moitié seulement.

Chaque paella est une aventure et chaque repas s'accompagne du verdict : il est bon, ou il n'est pas terrible, ou il ne vaut rien...et pourtant les ingrédients sont toujours les mêmes, les gens ont l'impression de ne pas manger la même chose chaque fois.

Bon, vous avez vu que les ingrédients sont très limités, pas de moules ni crevettes ni autres calamars, tout au plus à la saison, en été, ajoute-t-on de petits  escargots rayés qu'on ramasse dans les champs des environs.

Quant aux produits de la mer, les gens de Valence les ajoutent à d'autres paellas, d'autres riz dont vous trouverez les nombreuses recettes dans l'ouvrage cité.

Par sabero53 - Publié dans : Ma culture alimentaire
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Jeudi 22 février 2007

Tiens, je m'aperçois en faisant un peu le ménage du site que je ne vous ai pas parlé de choucroute. Et pourtant, pour l'hiver, quel délice ! Mes ados en raffolent, j'y pense aujourd'hui parce qu'ils m'ont fortement incitée à acheter de la choucroute cuite toute faite au rayon charcuterie du Champion local ! Nous l'avons accompagnée de saucisses de Francfort-une chacun- et d'une soupe de légumes, une simple soupe de légumes pour une fois presque monastique dirais-je tellement elle était austère : céleri rave, carotte, courgette, oignon, eau et sel.

Bon, pour la choucroute, ce n'est pas comme ça que je la prépare d'habitude. Je vais vous raconter la recette que j'ai trouvée dans le livre de Coffe Le bon vivre, plus ou moins épuisé aujourd'hui (saviez-vous qu'un livre qui vous plaît en librairie ne sera pas forcément achetable un an ou deux plus tard?). Je l'ai un peu adaptée, par exemple lui il met la marmite au four, moi je cuisine sur le gaz.

Donc je pose ma cocotte minute sur le gaz (oui, je sais , ce n'est pas très chic, mais c'est la plus grosse casserole à fond épais que je possède), mettre deux ou trois cuillères à soupe de graisse d'oie, deux beaux gros oignons coupés en lamelles, faire revenir à feu doux. Pendant ce temps rincer à grande eau, en trempant et changeant l'eau, cinq fois, un kg de choucroute crue. Poser la moitié de la choucroute sur les oignons, ajouter deux feuilles de laurier, deux cuillérées à soupe de baies de genièvre, du poivre moulu (je ne mélange plus les grains de poivre et de genièvre, qui se confondent. Mais on peut le faire car les grains de poivre dans la choucroute sont très mangeables). Saler, ajouter un demi litre de vin blanc, ne craignez rien l'alcool s'évapore, il ne reste que le parfum. Ajouter un morceau de viande séchée et fumée, une saucisse fumée, de Morteau ou d'ailleurs, rajouter le reste de choucroute, couvrir et laisser cuire deux heures à feu doux.

Ajouter des pommes de terre pelées entières, faire cuire un quart d'heure, ajouter des saucisses de Strasbourg, du jambon en tranches pour les ados, enfin n'importe quelle charcutaille de préférence fumée et si elle était salée préalablement dessalée, en faisant cuire plus ou moins longtemps suivant besoin. Le tout cuit environ trois heures. Servir sans entrée avec force cornichons et moutardes, arroser de bière ou de vin d'Alsace. Mes ados extraterrestres adorent et pourtant ils ne boivent pas d'alcool et savez-vous ce qu'ils préfèrent dans tout ça ? Le chou  !!!!!!

Quand on sait que le chou est le légume le plus difficile à faire avaler à des palais adolescents, quand on sait que la choucroute c'est du chou supersonique, c'est à dire que la fermentation a développé les vitamines et en a fait un super aliment qui suffisait à protéger les marins du scorbut, quand on sait que la choucroute c'est en plus du chou en conserve, donc disponible pendant tout l'hiver, et qu'en plus son prix défie toute concurrence (ne le dites pas trop fort cela pourrait changer), on ne peut que s'émerveiller de toutes ces constatations !!!

Alors bien sûr, on mange beaucoup de chou et un petit peu de chaque charcuterie, un doigt de Morteau, un quart de tranche de jambon, une noix de palette fumée, une demi saucisse de Strasbourg, des pommes de terre cuites à la vapeur parfumée à volonté et un verre de vin blanc ou une bière pour arroser le tout...

Que manger ensuite ? Rien...

Reproduire ça une fois par mois au moins tout au long de l'hiver.

Par sabero53 - Publié dans : Ma culture alimentaire
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Jeudi 2 mars 2006

Je suis en train de potasser le programme de chimie de première S pour pouvoir aider mes enfants et je viens de faire une découverte incroyable :  les plantes, à partir de gaz carbonique (CO2 ) présent dans l'atmosphère et d'eau fabriquent grâce à la chlorophylle du glucose et de l'oxygène. Le glucose est à la base de toute la chaîne alimentaire. Il se transforme ensuite en substance de réserve comme le saccharose ou l'amidon.

Donc toute l'alimentation provient d'une substance qui est un sucre en fait. Est-ce que ça explique le goût immodéré de certains pour ce qu'on peut considérer comme un poison ? Je ne le pense pas. Ce n'est pas le côté réserve alimentaire qui plaît dans le sucre (et pourtant en cas de pénurie c'est bien la première chose que stockent les gens, avec l'huile), mais simplement le goût : c'est bien la gourmandise seule qui nous fait le rechercher.

La nature fabrique le sucre, c'est entendu, mais elle le dispense avec parcimonie, dans les carottes, les betteraves, etc...J'en ai déjà parlé. C'est l'homme qui a réussi a concentrer le sucre jusqu'à obtenir une matière qui ne donne que de l'énergie, des calories et rien d'autre (sauf le merveilleux goût sucré). Et l'homme n'a pas pensé qu'il ne serait pas assez sage pour se contenter d'une consommation modérée. Ou plutôt il était trop occupé à calculer le moyen de faire fortune par l'exploitation de la betterave ou de la canne à sucre pour penser à autre chose.

Par sabero53 - Publié dans : Ma culture alimentaire
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Lundi 24 octobre 2005

Nous restons dans le même ordre d'idées avec le titre de ce livre de Alfredo Juderias, Cuisine pour les pauvres. C'est un ensemble de recettes populaires authentiques, des plus quotidiennes chez les plus pauvres (y compris gachas et migas) jusqu'aux plats des tavernes populaires et des couvents. Livre autant de littérature que de cuisine, comme celui de Marie Rouanet, par ses nombreuses citations, illustrations, et son style populaire authentique. Quelques noms de recettes pour preuve :

Caldo pobrete
Sopa de parida
Arroz pobre de ayuno
Cebollas rellenas de cualquier cosa
Patatas gorrineras
Unto de tomate y jamon
Gallina muda
Huesos pringosos o chupadedos....

Je vous conseille en particulier la merveilleuse "Oda al garbanzo" qui commence ainsi :

"Si a pensar en los males de Castilla
Y en su miseria y desnudez me lanzo
Como origen fatal de esta mancilla
            te saludo, oh, garbanzo!"
   



 

Par sabero53 - Publié dans : Ma culture alimentaire
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Lundi 24 octobre 2005

C'est mon histoire sans doute qui explique mon goût pour l'ascétisme. Se nourrir de peu, de presque rien, ou bien se nourrir comme les chats de croquettes toujours les mêmes sont des idées qui m'attirent. Par exemple manger du pain seul, du pain sec comme on disait autrefois, après tout le pain n'est-il pas le premier aliment, et en tout cas le premier aliment civilisé ?

Quend j'étais enfant nous goûtions d'un morceau de pain et de deux carrés de chocolat que nous donnaient nos mères. Nous goûtions dans la rue, bien-sûr, en poursuivant nos jeux. Un jour un voisin nous appela et nous dit :" Vous savez que vous avez de la chance. Moi quand j'avais votre âge, j'étais berger, je n'avais qu'un morceau de pain, même un peu dur, alors avec mon couteau de berger j'en coupais un petit morceau et je me disais ceci est le fromage. Je mangeais alors une bouchée de pain et une petite bouchée de fromage et je vous assure que petit à petit j'y croyais et mon goûter était bien meilleur."

Le luxe inouï de mes deux carrés de chocolat m'apparut alors, et je continuai de les grignoter avec parcimonie.

Aujourd'hui je pense souvent à cette histoire et j'aime encore me nourrir avec modération, non par avarice mais par souci d'adaptation des actes aux idées, un peu comme on trouve la meilleure solution, la plus rapide, la plus élégante pour un problème de maths.

C'est pourquoi manger du pain sec à la réflexion ne m'attire pas complètement. Aussitôt je me dis, oui, mais le pain seul n'est pas un aliment complet, en définitive il ne contient que des sucres, lents c'est entendu, mais seulement des sucres, il manque les protides, les lipides et le calcium, sans parler des vitamines et des sels minéraux. Alors j'ai envie aussitôt d'accompagner mon pain sec d'une poignée d'olives et d'un morceau de fromage de chèvre, et je pense alors que c'était là le petit déjeuner du grand-père d'une amie de collège, qui était grec. Et je ne m'étonne pas que la Grèce ait à voir avec un repas idéal.

 

Par sabero53 - Publié dans : Ma culture alimentaire
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